L’établissement thermal 1860-1914

Découvrez la Grande Époque divonnaise !

Article de Jacques Pierron

Dès son ouverture en mai 1850 , l’établissement thermal « Paul Vidart et Compagnie » rencontre un grand succès.

Dans un article paru le 5 juin 1850, le docteur Billet de la société de médecine de Genève fait une description très complète et très élogieuse de ce nouvel établissement. Très vite la haute bourgeoisie le fréquente.

Chaque année, Paul Vidart améliore son établissement qui sera ouvert toute l’année. En complément de la cure, il propose aux baigneurs (nom donné aux curistes) diverses activités et distractions. Autour de l’établissement, ils peuvent se promener dans le parc agrémenté d’étangs et de bosquets.

Les premières années, il loge les baigneurs dans la maison qu’il avait achetée en 1846.

1- Construction de la villa Vidart

Vers 1860, pour satisfaire les baigneurs plus fortunés, il fait construire une « villa château » dans le parc de l’établissement thermal.

C’est un grand bâtiment composé d’un corps central, avec de grandes portes vitrées, flanqué de 2 ailes latérales. Il s’élève sur 3 niveaux avec 45 chambres et un toit à la Mansart surmonté d’un belvédère « d’où on a une vue ravissante sur le Jura, le Mont Blanc, le bassin du Léman et la Suisse romande » (1). L’architecte est vraisemblablement M. Reverdin Bernard Adolphe (1809-1901) de Genève.

En 1863, Il revend sa première villa. Dans l’inventaire de la vente, on trouve : 16 tables de nuit en noyer avec leurs vases en porcelaine et 16 lavabos complets avec leurs cuvettes en porcelaine et carafes en cristal (2)

2- Transformations de la station

Grâce à une promenade couverte, les baigneurs peuvent se rendre de la « Villa » à l’établissement hydrothérapique, à la salle à manger ou au théâtre sans craindre les intempéries. Un pont couvert enjambe la Versoix (nom d’origine de la Divonne).

Extrait du journal de Genève paru le 15 octobre 1867 :
« Monsieur Vidart a fait subir à sa belle propriété une véritable transformation en introduisant un éclairage splendide au gaz: plus de quatre cents becs sont placés dans le parc et dans les bâtiments ou ils répandent des flots de lumière. »

D’illustres visiteurs vont contribuer à la renommée de la station :

Napoléon Joseph Charles Bonaparte 1822-1891

Le pasteur M. Pasquet veut faire construire un temple pour les quelques protestants et les baigneurs qui fréquentent la station. Cette affaire fait pas mal de remous et Emma Vidart, épouse de Paul, envoie une lettre au pasteur pour lui reprocher son zèle.

3- Maladie et décès de Paul Vidart

Le 24 novembre 1873, Paul Vidart passe un traité avec le Dr. Langenhagen qui « s’oblige à se fixer à Divonne, à titre de médecin de l’établissement hydrothérapique pendant neuf années consécutives qui commenceront le premier février 1874 ou plus tôt si le docteur Langenhagen à la possibilité de le faire.« (3)

On peut lire dans l’Abeille du Bugey en décembre 1873
« On nous écrit du pays de Gex: Mr le docteur Vidart a été ramené d’Italie par son fils ainé, le climat du midi n’a pas malheureusement rétabli sa santé. Son état est des plus inquiétants pour sa famille et ses amis »

« Je n’ai que de tristes nouvelles à vous donner de Divonne… On attend tous les jours une crise fatale. Si un nouveau coup de tonnerre se faisait entendre par cette douce température, cette perturbation atmosphérique pourrait amener sa fin car sa respiration est déjà bien gênée, quoiqu’il ait encore toute son intelligence. »

Paul Vidart décède le 26 décembre 1873

Extrait de la lettre de M. l’Abbé Juvanou, curé de Divonne, envoyée à l’évêque le 28 décembre 1873 : « On m’a demandé ensuite de laisser enterrer le défunt dans la partie du cimetière consacrée pour les catholiques. Le terrain réservé aux protestants étant trop étroit ,disait-on pour y bâtir un mausolée. J’ai refusé encore une fois en faisant comprendre que les lois canoniques et ma conscience m’interdisaient de donner une semblable autorisation. On s’est décidé alors à transporter le cercueil à Genève ce qui vient d’avoir lieu aujourd’hui à 10 heures du matin au milieu d’un grand concours d’hommes. Il y a quelques émotions dans la population, nos adversaires soufflant le feu et ne comprenant pas qu’un homme qui a fait tant pour ce pays ne puisse avoir un coin de terrain pour sa dépouille…« (3)

Paul Vidart repose au cimetière des rois à Genève ainsi que son épouse Emma décédée en 1900. Après le décès de Charles, leur fils, en 1912, la famille achète une concession perpétuelle au cimetière de Divonne et transfère les corps de toute la famille.

4 – La période 1874 – 1884

Après le décès de Paul, l’établissement thermal est géré par Emma Vidart et ses deux fils. Edouard termine ses études de médecine et il dirige les cures avec un second médecin, le Dr. Monpella à partir de 1876. L’établissement thermal, l’un des plus grands d’Europe, continue à se transformer. On aménage des salles de bain dans la « Villa hôtel ». Une salle de gymnastique, avec un professeur, est créée. Le parc est agrandi par l’achat de terrains. Le 15 août 1879, un violent orage provoquant une crue importante de la Versoix, endommage l’établissement thermal. Après cet incident la famille cherche à vendre la société « Paul Vidart et Compagnie ».

Le 5 octobre 1884, la société est vendue pour 1 120 000 frs. (4)

La nouvelle société se dénomme : »Société Anonyme de Divonne Les Bains ». Les principaux actionnaires sont:

  • M. le baron Collin de la Parrière
  • M. Octave Bessaignet
  • M. Eugène Goudard
  • M. Edmond Leuba
  • M. Louis Villiers
  • M. Gustave Lefebre
  • M. James Love

5- Le nouvel établissement thermal

Une des premières décisions de la nouvelle société est de faire construire un nouvel établissement thermal. L’architecte genevois Emile Reverdin dresse les plans. Il s’agit d’un bâtiment de style mauresque très à la mode à cette époque.

6- Les transformations hôtelières

Monsieur Doborgel est nommé directeur de l’établissement. Il supervise les transformations hôtelières et reste en poste jusqu’à son décès en 1921.

La S.A. de Divonne-les-Bains demande à l’architecte Emile Reverdin d’agrandir la villa-hôtel construite par son père (Bernard Adolphe) en ajoutant deux ailes. L’aile gauche est construite à la place du passage couvert jusqu’à la bibliothèque (photo ci- dessous).

En 1896-1897 c’est l’architecte M. Maillard L. H. qui dessine les plans du « Grand-Hôtel  » et de la nouvelle salle à manger. Plus tard, on construit deux étages de chambres au dessus de cette salle à manger.

Vue prise vers 1899

En 1902 l’architecte Louis Emile Maillard agrandit l’établissement thermal en rajoutant une aile sur le côté ouest couvrant le lit de la Divonne.

En 1904, un architecte parisien Charles Duval dresse les plans du nouveau théâtre. L’intérieur est à l’Italienne avec un très beau décor rococo.

Sur d’anciennes cartes postales, on voit des constructions éphémères : la cage à mouches, restaurant d’été au bord de la Divonne mais envahi par les mouches, le café billard , aujourd’hui placé derrière l’église, et une rotonde avec à l’intérieur la fontaine au cygne.

Construction du Nouvel Hôtel dit » Chicago « 

A la demande de M. Duborgel en 1908, la société des bains fait construire un nouvel hôtel. L’architecte est M. Fulpius de Genève qui dressera les plans d’autres édifices à Divonne.

« …Il aura 44m de long et 18m de large 4 étages de chambres avec 16 appartements complets. Le tout comprendra 70 à 80 chambres. Le chauffage central est prévu mais il sera installé ultérieurement…« (4)

Il est ouvert pour le printemps 1908. Par la suite, on installe dans les sous-sol de l’hôtel, des douches utilisées pour des traitements particuliers le soir très tard, et en hiver lorsque l’établissement thermal est fermé.

De nombreux Américains fréquentent le Nouvel Hôtel et à partir de 1920 les Divonnais prennent l’habitude de l’appeler le « Chicago ».

7- L’électrification de l’établissement thermal

« Le 10 avril 1887 le conseil d’administration décide de faire un essai de lumière électrique. M. Eugène Goudard met gratuitement à la disposition de l’établissement la force hydraulique dont il dispose (ancien foulon David) pour toute la saison. En 1888 un contrat est signé avec M. Goudard, pour fournir la force hydraulique et actionner une machine « Dynamo » moyennant un prix annuel de 2000 frs » (5)

En 1895 l’été a été très sec, la dynamo n’a pas pu fonctionner et  l’on demande des devis pour des accumulateurs et une machine à vapeur.

En avril 1896, la société rachète le moulin David aux héritiers d’Eugène Goudard et installe les nouvelles machines.

Plus d’informations sur le Moulin David et sa création sur le site Raconte moi Divonne

Changement de nom pour la commune

8- Les loisirs

L’aristocratie se donne rendez-vous en été. Des gazettes locales, Fig-Haro, Divonne Mondain et l’Echo de Divonne indiquent aux étrangers (c’est ainsi que l’on nomme les baigneurs) dans quels hôtels résident leurs amis.

Les loisirs sont variés.

L’activité théâtrale (depuis 1856) permet aux baigneurs de se produire sur scène.

Des cours avec professeurs sont organisés dans une salle de gymnastique et une salle d’armes. Sur les courts de tennis, on organise des tournois

La société thermale rachète la ferme du château. Les enfants découvrent les animaux. En 1910, un observatoire est construit. Une plate forme équipée d’un télescope Zeiss permet d’observer le massif du Mont Blanc

Chaque semaine pendant la saison d’été, des concerts, des bals et une promenade suivie d’un pique-nique au mont Mussy sont organisés.

 

9- Contrats avec les médecins de l’établissement

Extrait d’une lettre de Mr Goudard au Dr Bottey le 1er novembre 1893.

« Vous devrez être arrivé à Divonne le 15 mai ,au plus tard et y rester jusqu’au 15 octobre…
Une indemnité de 500frs vous sera rétribuée chaque année pour vous permettre de faire, dans le courant de l’hiver, un voyage de propagande médicale pour l’établissement .
Le présent traité est signé pour une période de trois années à partir du 15 mai 1894, jusqu’en octobre 1897. »

A partir de 1898, la station thermale compte 4 médecins traitants et 2 médecins consultants.

Ils avaient droit à trois mois de congé « qui seront pris en accord avec vos confrères et de façon que le service médical ne puisse en souffrir. »

En octobre 1910, les 4 médecins de l’établissement demandent à ce que les douches soient supprimées le dimanche. Le conseil leur accorde cette suppression, seulement pour la saison d’hiver du 1er octobre au 1er avril.

En 1913 on installe des bains de lumière et des bains d’acide carbonique. Un local est aménagé dans le sous-sol du Chicago pour installer une salle de douches et ses accessoires. Elle sert surtout en hiver.

10- Eté 1914

En l’espace d’un mois on passe de l’insouciance à la réalité de la guerre.
2 articles trouvés dans le journal « Le Temps » de Genève.

Dans la Région, daté du 14 07 1914 :     

Dans la zone, daté du 17 08 1914 :

Sources :

  1. Me Charles Marie Girod 1897. Archives de Me Laurent à Divonne
  2. Archives de l’Ain – Me Jean Théophile Girod 1863
  3. Archives de l’évêché de Bourg en Bresse
  4. Archives de l’Ain : Me Théophile Girod
  5. Archives privées : M. Joseph Girod
  6. Cartes postales: D. Coppolani