Epidémie de Variole en 1849

Déjà au 19ème siècle Divonne a connu une épidémie. Seriez-vous prêts à essayer la thérapie du Docteur Paul Vidart ?

(Article de Jacques Pierron)

Après son mariage en 1846 le Dr. Paul Vidart achète une maison à Divonne (appellée aujourd’hui « Villa Beaujeu ») où il poursuit ses recherches sur les bienfaits de l’hydrothérapie.

A partir de 1849, il publie annuellement les résultats de ses travaux. Durant l’hiver 1849 -1850, une épidémie de variole fait des ravages à Divonne.

Dans la publication «Études pratiques sur l’hydrothérapie ou traitement des maladies par l’eau froide», paru en 1851, il explique comment il a soigné et guéri Emma Vidart, son épouse, atteinte de la variole.

Extrait de cet ouvrage
XIIIe série

Des maladies aigues
No 103 –Varioloïde

« Pendant l’hiver de 1849 à 1850 , une épidémie de variole se manifesta dans la village de Divonne. Elle prit pour un moment un caractère tellement grave que nous avons compté jusqu’à deux morts par jour ; il est vrai que la plupart de ces derniers ont été victimes des préjugés enracinés dans les campagnes, qu’il faut laisser la maladie suivre son cours, et donner à manger au malade pour qu’il ne souffre pas de la faim.

Tous ceux qui ont suivi ces pratiques sont morts infailliblement, les uns de la variole confluente avec gangrène et les autres d’une métastase pulmonaire, très fréquente au moment où la période d’éruption devait se faire. Plusieurs malades, entourés de bons soins et de sages conseils, ont été même victimes de cette marche insidieuse de la variole. C’était du reste le caractère qu’elle présentait généralement .

Le dimanche six février, au milieu de l’effroi général, ma femme se sent mal à l’aise ; la langue est suburrale(1), l’appétit manque ; céphalalgie ; chaleur sèche et mordicante à la peau ; pouls accéléré, quelques frissons ; j’avoue que ,certain de la vaccine de ma femme, je n’eus pas d’abord la pensée qu’elle pût être au nombre des victimes. La nuit suivante est très agitée. Le lundi, tous les symptômes de la veille s’aggravent ; je commence à avoir des craintes. Elle transpire abondamment, la peau est colorée, la langue très chargée est rouge sur les bords et à sa pointe, le pouls est à 130 ; les frissons reparaissent de temps en temps et la température extérieure du corps reste toujours brûlante.

Le mardi même état. Une lutte terrible se fait en moi : je n’avais jamais vu employer, ni employé moi-même le traitement par l’eau froide dans des affections aussi graves, vis-à-vis desquelles il est d’usage de prendre tant de minutieuses précautions et cependant j’avais la certitude que l’emploi de cet agent était rationnel pour favoriser l’exphorèse(2) cutanée.

Je fais étendre sur un canapé deux couvertures de laine ; je descends moi- même casser la glace pour pouvoir tremper un drap dans l’eau froide ; après l’avoir exprimé modérément , je reviens l’étendre sur les couvertures. Je ferme exactement toutes les ouvertures de la chambre, considérant avec raison l’air froid comme dangereux lorsque la température du corps est élevée : après avoir complètement dépouillé ma femme de ses vêtements, je la prends dans mes bras pour l’étendre sur ce drap mouillé ; pendant ce court trajet, je sens sous mes doigts sa peau si brûlante, qu’on avouera qu’il fallait avoir une conviction bien ferme pour ne pas s’arrêter en chemin : je l’enveloppe moi-même ; la première impression est un sentiment de fraîcheur qui ne dure que deux secondes ; le calorique (3) est tellement en excès, qu’au bout d’un instant ma femme se trouve dans un véritable bain de vapeur ; elle s’y trouve parfaitement bien : le tête est plus fraîche, elle ne sent plus du tout dans tout le corps cette chaleur âcre et mordicante qui l’incommodait ; le pouls, consulté à l’artère temporale, marque seulement 85 pulsations. Au bout de trois heures de maillot, elle transpire abondamment ; dans l’espace d’une demi-heure, je lui fais boire trois verres d’eau ; quand, après l’ingestion du dernier, la transpiration est revenue, je fais apporter au milieu de la chambre un grand baquet vide ; je la dépouille moi-même du drap et des couvertures et debout au milieu du baquet, elle reçoit successivement sur la tête et le corps trois arrosoirs d’eau froide ;

Je la frictionne moi-même avec vigueur à l’aide d’un drap bien sec et je la remets dans son lit. Pendant un quart d’heure le pouls est filiforme, petit, concentré à 100 pulsations ; elle a quelques frissons, mais bientôt la réaction se fait et une transpiration abondante et critique parait d’elle-même et sans effort ; la face devient bouffie et à ma grande joie, j’aperçois une heure après des boutons de variole sur la joue droite, sur le menton et une quantité innombrable sur le front. A cet égard je me rappelai avoir commis une faute, qui ne compromettait, il est vrai que les traits du visage, mais qui exaltait encore plus, si je puis le dire, le mérite de l’eau froide : pendant la période d’invasion, cherchant autant que possible à calmer la céphalalgie, j’avais appliqué des compresses calmantes sur le front au lieu de les placer à l’occiput comme il est prescrit de le faire dans le traitement de cette maladie ; aussi, par ma faute, cette action et réaction successive, provoquée par la compresse d’eau froide, amena-t-elle dans cette partie du visage une éruption plus considérable.

Deux heures après, tout le corps est recouvert de magnifiques pustules varioliques ; les jours suivants, même traitement ; huit jours après, il n’y avait pas de convalescence et ma femme était sauvée .

Il est bon de noter aussi une complication très grave qui était bien de nature à ébranler ma résolution : ma femme était nourrice depuis six mois et elle avait même allaité son enfant pendant les trois jours de la période d’invasion. Celui-ci avait été vacciné dès le début de l’épidémie et cette circonstance seule avait dû le préserver de la contagion. Je ne pouvais me préoccuper du lait, le danger était trop imminent d’un autre côté ; après la desquammation complète des pustules, j’administrai à ma femme comme anti-laiteux, la tisane de canne, le petit -lait de Weiss ; la sécrétion du lait fut arrêtée et quelques jours plus tard, elle ne semblait pas avoir été malade. »

1- Langue suburrale : Recouverte d’un enduit blanchâtre et épais
2- Exphorèse : Transpiration plus abondante que la transpiration naturelle
3- Le calorique : Ancien nom de la chaleur